À seulement 28 ans, Jonathan Kamanou fait partie de cette nouvelle génération d’entrepreneurs africains qui refusent de considérer les matières premières du continent comme une simple réserve de ressources à exporter. Son ambition est plus radicale : transformer localement, créer de la valeur et vendre africain au reste du monde.
Son terrain de jeu : l’agro-industrie. Son produit vedette : le manioc. Et derrière cette culture familière aux millions de consommateurs africains se cache une ambition industrielle qui dépasse largement les frontières du Cameroun.
De Wall Street à la terre camerounaise
Le parcours de Jonathan Kamanou aurait pourtant pu le conduire durablement dans les couloirs feutrés de la finance internationale.
Formé à la prestigieuse Cornell University, aux États-Unis, le jeune Camerounais fait ses premières armes dans la banque d’affaires à New York, notamment chez Lazard Frères et AEA Investors.
Un environnement où les opérations financières se chiffrent en millions, voire en milliards de dollars. Mais plutôt que de construire sa carrière exclusivement à l’étranger, il choisit de revenir au Cameroun avec une conviction : l’une des grandes fortunes économiques de l’Afrique se trouve dans sa capacité à transformer ses propres ressources.
En 2022, il crée à Douala JK Agrofarms (JKA). Le projet repose sur une idée aussi simple qu’ambitieuse : prendre une matière première largement disponible au Cameroun, le manioc, et lui faire franchir plusieurs étapes de valeur ajoutée avant sa commercialisation.
YAKÉVA : quand le manioc change de dimension
La réponse de JKA porte un nom : YAKÉVA. Il s’agit d’une farine de manioc panifiable, sans gluten et présentée comme issue d’une production certifiée biologique.
Commercialisée autour de 450 à 500 FCFA le kilogramme, elle vise à rendre la transformation agricole compatible avec les habitudes et le pouvoir d’achat des consommateurs africains.
Mais l’enjeu dépasse le contenu d’un paquet de farine. En transformant le manioc plutôt qu’en se limitant à vendre une matière première brute, JK Agrofarms cherche à capter davantage de valeur au Cameroun.
Le modèle associe ainsi production agricole, transformation industrielle, structuration des producteurs et distribution. Une logique qui peut contribuer à développer des emplois tout au long de la chaîne, du champ jusqu’aux rayons des supermarchés.
Et la progression est rapide. En moins de deux ans, l’entreprise affirme être passée du concept à une organisation comprenant une ferme, une unité industrielle, plus de 20 emplois directs et plusieurs dizaines d’emplois indirects, ainsi qu’une coopérative agricole.
Du supermarché camerounais aux consommateurs américains
Autre indicateur de cette montée en puissance : la distribution. YAKÉVA aurait réussi à intégrer plus de sept chaînes de supermarchés au Cameroun, parmi lesquelles Carrefour, Spar, Mahima et DOVV. La marque a également commencé à accumuler des distinctions.
En 2024, YAKÉVA est présentée comme le deuxième meilleur produit Made in Cameroun, tandis qu’un concours organisé par Carrefour l’a distinguée comme meilleur produit alimentaire. Mais le véritable changement d’échelle se joue à l’extérieur du pays. La farine YAKÉVA est désormais commercialisée aux États-Unis via Amazon.
Pour une jeune entreprise camerounaise, ce passage du marché local au commerce international constitue un signal particulièrement intéressant : une production agricole africaine peut devenir un produit de consommation capable de franchir les océans.
Le manioc comme levier d’une ambition continentale
Jonathan Kamanou ne semble cependant pas vouloir bâtir une simple success story autour d’une farine. Son ambition affichée est beaucoup plus vaste : faire de JK Agrofarms l’un des plus grands exportateurs africains de produits agricoles à forte valeur ajoutée.
Le choix du manioc n’est d’ailleurs pas anodin. Culture stratégique pour l’alimentation de nombreuses populations africaines, il offre également de multiples possibilités de transformation industrielle. Farines, amidon, produits alimentaires ou applications industrielles : sa valeur ne s’arrête pas à la récolte.
C’est précisément là que se situe le pari de JKA. Le véritable enjeu pour l’Afrique n’est plus seulement de produire davantage, mais de transformer davantage sur place.
À travers JK Agrofarms, Jonathan Kamanou défend donc une vision où l’agriculture devient industrie, où le producteur devient un maillon essentiel de la chaîne de valeur et où le « Made in Cameroun » peut trouver des débouchés bien au-delà du marché national.
À 28 ans, le jeune entrepreneur n’a peut-être pas encore atteint son objectif. Mais son parcours illustre déjà une mutation essentielle : l’Afrique ne veut plus seulement exporter ses matières premières. Elle veut exporter ses marques, ses produits et sa valeur ajoutée.



