Un trône reconquis, mais dans un contexte de recul généralisé. Voilà, en une phrase, ce que racontent les derniers chiffres de la CNUCED sur les investissements directs étrangers (IDE) captés par la zone CEMAC en 2025.

Le Cameroun redevient la première destination régionale des capitaux étrangers, détrônant le Tchad qui l'avait relégué à la troisième place l'année précédente. Une victoire à relativiser, tant elle s'inscrit dans un paysage sous-régional globalement en berne.

Une sous-région qui capte moins, mais où Yaoundé résiste mieux que les autres

Sur l'ensemble de l'année 2025, les six pays de la CEMAC n'ont attiré que 1,88 milliard de dollars d'IDE, contre 2,2 milliards en 2024, soit une baisse de près de 15 %.

L'organisme onusien pointe deux causes principales : les tensions géopolitiques mondiales et la persistance d'incertitudes commerciales qui refroidissent les grands arbitrages d'investissement des multinationales.

Le rapport rappelle également que les flux entrant en Afrique centrale restent structurellement dépendants des matières premières, pétrole et minerais en tête, ce qui explique la forte volatilité observée d'une année à l'autre.

C'est justement dans ce contexte dégradé que le Cameroun tire son épingle du jeu — relativement. Avec 599 millions de dollars captés en 2025, le pays reprend la tête du classement régional. Mais ce chiffre masque une réalité moins flatteuse : il s'agit d'un repli d'environ 35 % par rapport aux 925 millions de dollars enregistrés en 2024.

Autrement dit, le Cameroun ne gagne pas en attractivité absolue ; il profite surtout de l'effondrement plus marqué encore de ses voisins.

Le Congo talonne le Cameroun, porté par le pétrole

Juste derrière, le Congo-Brazzaville confirme une remontée spectaculaire, passant de la quatrième à la deuxième place avec 596 millions de dollars d'IDE, un montant quasi identique à celui du Cameroun.

Ce dynamisme s'explique essentiellement par la bonne tenue des flux dans le secteur des hydrocarbures, qui continue d'attirer les majors pétrolières malgré la morosité ambiante.

Gabon et Tchad : la douche froide des révisions statistiques

L'un des enseignements les plus frappants de ce rapport CNUCED tient moins à l'évolution des flux qu'à la révision spectaculaire des données historiques du Gabon et du Tchad, respectivement premier et deuxième du classement en 2024. Les IDE gabonais de 2024, initialement estimés à 1,14 milliard de dollars, ont été ramenés à seulement 310 millions.

Sur cette nouvelle base, le pays enregistre 379 millions de dollars en 2025. Le cas tchadien est plus vertigineux encore : les 1,019 milliard de dollars annoncés pour 2024 ont fondu à 3 millions de dollars dans la version révisée, et la CNUCED n'anticipe que 4 millions de dollars pour 2025.

Un ajustement qui illustre, selon le rapport, « la forte volatilité des investissements » dans des économies très dépendantes de quelques grands projets extractifs — un chantier qui s'arrête, et c'est tout un pays qui bascule statistiquement.

Guinée équatoriale et Centrafrique : deux trajectoires à contre-courant

Fait notable dans ce paysage morose, la Guinée équatoriale renoue avec la croissance après plusieurs années de déclin lié à l'essoufflement de sa production pétrolière : ses IDE bondissent de 56 %, à 294 millions de dollars.

La République centrafricaine progresse plus modestement, de 10 %, à 44 millions de dollars, mais reste la lanterne rouge de la sous-région, plombée par un déficit d'infrastructures et un environnement sécuritaire encore fragile.

Un signal à lire à l'échelle du continent Ce repli des IDE en Afrique centrale n'est pas un cas isolé : à l'échelle continentale, les entrées de capitaux étrangers ont chuté de 21 %, à 70 milliards de dollars, sous l'effet du ralentissement des grands chantiers d'infrastructures qui avaient porté les flux l'année précédente.

Pour le Cameroun comme pour ses voisins, la vraie bataille des prochaines années ne sera donc pas seulement de reconquérir des places au classement régional, mais de diversifier les moteurs de l'attractivité économique, au-delà des seules ressources naturelles.