Le Luxembourg attire toujours plus de travailleurs venus de l’étranger, mais peine à les retenir durablement. C’est l’un des principaux enseignements du rapport publié le 24 mars 2026 par le Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER).
Selon cette étude, environ 30 % des nouveaux entrants quittent le marché du travail luxembourgeois dans l’année suivant leur arrivée, tandis qu’environ la moitié ne reste pas cinq ans.
Ce phénomène révèle une fragilité rarement visible derrière les performances économiques du Grand-Duché : son marché du travail dépend massivement des talents étrangers, mais une partie importante de cette main-d’œuvre reste très mobile.
90,5 % des nouveaux travailleurs sont nés à l’étranger
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. En 2024, 26 342 personnes âgées de 20 ans ou plus et nées à l’étranger ont intégré le marché du travail luxembourgeois, contre 16 981 en 2002.
Ces travailleurs représentaient alors 90,5 % de l’ensemble des nouveaux entrants, contre 89,5 % vingt-deux ans plus tôt.
Autrement dit, sans immigration et travail transfrontalier, l’économie luxembourgeoise aurait beaucoup plus de difficultés à alimenter ses besoins en main-d’œuvre. Mais les flux commencent à ralentir.
Après un pic de 33 806 entrées en 2022, leur nombre est descendu à 29 402 en 2023. Cette évolution intervient alors même que le Luxembourg continue de dépendre de secteurs fortement consommateurs de compétences.
La France reste le principal réservoir de travailleurs
En 2024, les frontaliers résidant en France constituaient le premier groupe parmi les nouveaux entrants nés à l’étranger, avec 37,8 % du total. Ils devançaient les immigrés installés au Luxembourg (31,2 %), les frontaliers allemands (10,3 %) et belges (9,7 %).
La domination française s’est même renforcée. La proportion des nouveaux frontaliers vivant en France est passée de 53,5 % en 2002 à 65,3 % en 2024. Le profil des nouveaux arrivants s’est également internationalisé.
En 2024, les ressortissants de pays non européens représentaient 38,3 % des nouveaux entrants, signe d’une diversification progressive des sources de main-d’œuvre.
Des profils de plus en plus qualifiés
Le Luxembourg n’attire plus uniquement des travailleurs destinés aux métiers opérationnels. Le LISER observe une concentration croissante des nouveaux arrivants dans les activités à forte intensité de compétences.
En 2024, les secteurs des activités spécialisées, scientifiques et techniques ainsi que la finance et l’assurance représentaient environ 40 % des nouveaux arrivants immigrés. Cette montée en qualification ne concerne toutefois pas tous les profils.
Les travailleurs non-résidents restent davantage présents dans la construction, le transport et l’entreposage, même si les métiers nécessitant davantage de compétences progressent également. Le type de contrat joue aussi un rôle déterminant.
Les immigrés commencent plus fréquemment leur parcours avec un contrat permanent, tandis que les non-résidents sont davantage exposés au travail temporaire ou intérimaire.
Le Luxembourg retient mieux ceux qui s’y installent
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de l’étude. Pour les personnes entrées en 2024, 86,2 % des immigrés étaient toujours en emploi en 2025, contre seulement 65,1 % des non-résidents. La différence apparaît également sur le long terme.
Pour les travailleurs arrivés en 2002, 28,8 % des immigrés et 24 % des non-résidents étaient encore liés au marché du travail luxembourgeois à la période d’observation. Le secteur d’activité et la nature du premier contrat influencent fortement la fidélisation.
La santé, l’action sociale, l’éducation et l’administration publique affichent notamment de meilleurs taux de rétention. À l’inverse, les départs sont plus rapides dans la construction et certains services administratifs.
Le véritable défi : transformer l’attractivité en fidélisation
Le Luxembourg dispose donc d’un puissant moteur d’attractivité, mais son modèle repose sur un renouvellement permanent des travailleurs étrangers.
L’enjeu n’est plus seulement de faire venir des compétences, mais de leur donner suffisamment de raisons de rester : stabilité professionnelle, perspectives de carrière, logement accessible, intégration et qualité de vie.
Le contraste entre immigrés et frontaliers est particulièrement révélateur. Ceux qui s’installent au Luxembourg semblent globalement mieux s’inscrire dans la durée que ceux qui continuent à vivre à l’étranger.
Pour le Grand-Duché, le message du LISER est donc clair : attirer reste indispensable, mais retenir devient stratégique. Car si une partie importante des nouveaux travailleurs repart rapidement, la croissance continuera de dépendre d’un flux constant de nouveaux arrivants étrangers.
Et dans un marché du travail déjà fortement internationalisé, cette dépendance pourrait devenir l’un des grands défis économiques du Luxembourg dans les prochaines années.




