Dans le grand classement des économies africaines les plus courtisées par les capitaux étrangers, un nom détonne : la Côte d'Ivoire. Seul membre de la zone franc à figurer parmi les dix destinations les plus prisées du continent en 2025, le pays confirme, chiffres à l'appui, qu'il ne doit plus rien au hasard dans sa quête d'attractivité économique.

Un bond continental porté par un géant, mais Abidjan tire aussi son épingle du jeu

C'est dans son World Investment Report 2025, publié le 19 juin dernier, que la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dresse ce constat.

L'institution y révèle que les investissements directs étrangers vers l'Afrique ont bondi de 75 % en 2024, franchissant la barre des 97 milliards de dollars — une envolée largement portée par un méga-projet égyptien, mais qui ne doit pas occulter les dynamiques nationales plus discrètes, comme celle de la Côte d'Ivoire.

Le pays a en effet capté 3,802 milliards de dollars de flux entrants en 2024, un score qui consacre Abidjan comme l'un des moteurs économiques incontournables d'Afrique de l'Ouest.

Une performance d'autant plus remarquable qu'elle tranche avec la trajectoire des économies d'Afrique centrale, où les IDE demeurent, eux, très largement corrélés aux cycles pétroliers et miniers.

Le pari de la diversification plutôt que celui des matières premières

Là où plusieurs voisins régionaux restent otages des cours des hydrocarbures, la Côte d'Ivoire mise sur une stratégie différente : diversifier son économie pour élargir ses sources de financement.

Une orientation qui semble payer, si l'on en croit les données du Guichet unique des investissements ivoirien, qui recense 26 948 créations d'entreprises en 2025 — soit 6 % de plus qu'en 2024. Un indicateur que les autorités lisent comme le reflet, à l'échelle du terrain, de l'intérêt grandissant des investisseurs pour le marché local.

Autre signal fort de cette recomposition : l'irruption de nouveaux bailleurs venus d'Asie. Singapour s'est ainsi hissé parmi les trois premiers pays investisseurs en Côte d'Ivoire sur la période 2024-2025, preuve que la carte géographique des capitaux qui affluent vers Abidjan se redessine, loin des seuls partenaires traditionnels occidentaux.

Pourquoi les investisseurs préfèrent la stabilité au potentiel brut

Les analyses consacrées aux flux d'IDE vers le continent convergent toutes vers le même constat : les économies perçues comme stables et engagées dans des réformes structurelles captent une part croissante des capitaux, quand bien même d'autres pays disposeraient, sur le papier, d'un potentiel en ressources naturelles bien supérieur.

Un enseignement qui vaut leçon pour toute la région : la richesse du sous-sol ne suffit plus à garantir la confiance des marchés. Ce constat prend d'autant plus de relief que la part de l'Afrique dans les flux mondiaux d'IDE demeure structurellement faible, autour de 6 % selon les statistiques de la CNUCED.

Dans un jeu à somme quasi nulle, chaque économie du continent est donc contrainte de redoubler d'efforts pour se hisser dans le haut du classement et capter un volume significatif de projets — une compétition où la prévisibilité institutionnelle pèse désormais autant, sinon plus, que les réserves naturelles.

Un rapport qui trace la feuille de route des priorités futures

Présentés lors de plusieurs rencontres internationales dédiées à l'investissement et au développement, les résultats du World Investment Report 2025 mettent également en lumière les défis liés à l'orientation des capitaux vers des secteurs jugés stratégiques : infrastructures, énergie et transformation numérique.

Autant de terrains sur lesquels la Côte d'Ivoire entend désormais consolider son avance, en capitalisant sur la confiance déjà acquise auprès des bailleurs internationaux.

Reste à savoir si cette trajectoire ivoirienne pourra inspirer, à terme, d'autres économies de la zone franc encore trop dépendantes de leurs matières premières. Une question qui pèsera lourd dans les prochains classements de la CNUCED.